Notre dernière nuit en Turquie se fait dans la neige à quelques kilomètres de notre prochaine destination, toujours avec Stéphane. Nous passons la frontière iranienne en 1396. Oui vous avez bien lu, nous sommes en Iran et ici c’est le calendrier perse qui prévaut. En transposant à notre calendrier, on rentre le 27 février 2018.

Le passage frontière est plutôt sportif. Le poste de frontière est en plein travaux et c’est clairement le bazar. Avant de quitter le coté Turc, le douanier nous lance un dernier conseil « vérifiez que les iraniens vous tamponnent le passeport avant de sortir du poste ». Le dit tampon nous prendra 1h à faire.

Ce passage frontière ressemble plus à un poste de trafic en tout genre qu’à autre chose. Ici l’amitié des douaniers s’achète facilement et sans discrétion aucune. Des gamins errent dans ce no man’s land et piquent tout ce qu’ils peuvent sous le regard amusé des policiers. Les douaniers iraniens voyant Dounia commencent à faire des bruits de bisous et de bruits de chat, le tout en évitant de croiser notre regard. Cette entrée en matière nous surprend. On file sans demander notre reste de cet endroit glauque.

Au premier village on cherche à faire du change pour pouvoir manger un bout. Un homme sort de nul part et se présente comme le maire. Il nous invite au restaurant pour nous souhaiter la bienvenue dans son pays. Ici la loi du taarof s’applique, il est dans la culture des iraniens d’inviter les voyageurs. Cette pratique est tellement ancrée qu’il convient de refuser au moins 3 fois l’invitation avant d’accepter. En effet certaines personnes qui n’en ont pas les moyens pourraient, afin de respecter la coutume, nous proposer une invitation sans en avoir réellement les moyens. Accepter trop vite serait risquer de mettre dans l’embarras financier une personne modeste. Nous refusons donc 3 fois la proposition du maire avant d’accepter. Il règle l’addition avant même qu’on ait commandé et nous dit qu’il doit filer.

De la frontière 1000km nous séparent de Téhéran.  Anissa, la petite sœur de Dounia, nous rejoint avec Mae, une copine, le 15 mars. Il nous faut rouler.. Nous traversons khoy, salmad avant d’arriver sur Tabriz. 1 journée de repos nous laisse le temps de visiter le magnifique bazar. Très vite nous trouvons le petit resto qui nous servira de cantine. La nourriture y est superbe et le personnel au petit soin. Nous testerons les crêpes avec œuf et patates, les coucou sabzi, sorte d’omelette aux herbes.

Nous reprenons la route. Une succession de lignes droites et de paysages désertiques avec dans le fond des montagnes. Les bas cotés sont habités par des sortes de petits suricates (plus précisément « jaune de spermophile » ). A notre passage, certains se dressent sur leurs petites pattes arrières et nous fixent. On imagine qu’elles nous encouragent « allez les tortues!! ». Oui on s’embête sur cette route… Les iraniens aussi n’arrêtent pas de nous encourager, alors qu’on roule certains se mettent juste à notre hauteur pour nous ravitailler en fruits, bonbons et autres toujours accompagnés de grands sourires et de « welcome to Iran ».

Dounia en tenue de combat. Bon même si elle a la banane sur la photo, ça pas été toujours évident de rouler avec un pantalon long, des manches longues et le voile. Surtout quand il fait 30°C et que les gars sont en short tee shirt. Au bout d’un moment le sentiment d’injustice est dur à oublier. Mais je ne me plains pas trop car des femmes hyper courageuses portent ça tous les jours…

Sur Miyaneh, alors que nous attendons que le bureau de change local ouvre, un homme en voiture nous aborde. Hesam nous propose de nous emmener dans un autre bureau de change où le taux sera meilleur. On se méfie mais comme on est pressé, je (gab) monte dans sa voiture. En chemin on discute mais malgré sa gentillesse je n’arrive pas à être totalement confortable. Finalement on trouve le bureau de change, effectivement le taux proposé est bien meilleur qu’au premier endroit. Hesam me ramène où j’ai laissé Dounia et Stéphane. Hesam nous lance « au fait vous dormez où ce soir ? » C’est comme ça qu’on s’est retrouvé, nous les 3 cyclos crado à dormir dans le salon de ce formidable couple d’iranien alors qu’ils ont un bébé d’à peine 4 mois. On passe une soirée mémorable à discuter de tout. Le lendemain difficile de partir de chez eux, ils nous proposent de rester une semaine ! Leur hospitalité nous désarçonne. Malheureusement nous devons rouler pour arriver à temps sur Téhéran.

Alborz, le bébé est hypnotisé par Gab, il doit surement se demander d’où vient cette odeur de pieds…

Un peu avant d’arriver sur Téhéran, nous tentons de camper dans un des centres du croissant rouge (secouristes iraniens). C’est un bon plan bien connu des cyclos pour dormir et avoir une bonne douche. Les secouristes présents nous disent qu’ils doivent demander l’autorisation à leur supérieur pour nous héberger. S’ensuit une série de coups de fils et d’attente. Une voiture de police arrive et nous demande de les suivre. On ne comprend pas bien ce qui se passe parce que personne ne parle anglais. Escortés par la police on se retrouve chez Monsieur le maire, Nasser. On comprend qu’on est invité à passer la soirée chez lui. La maison est modeste avec 3 pièces, une cuisine, un débarra et un salon recouvert de tapis qui sert aussi de chambre à tout le monde. Comme souvent ici les toilettes sont à l’extérieur et sont à la turc.

Un petit aparté sur ces fameux toilettes turc, ici pas de PQ. Le style est indien, autrement dit on se nettoie au jet d’eau. Perso je (gab) trouve ça plus propre, démonstration :

c’est juste qu’il y a un temps adaptation 😉

On passe une superbe soirée avec toute la famille. On mange en tailleur dans le salon où une nappe est posée à même le sol. Les femmes sont en cuisine et préparent le repas. Au moment de débarrasser Stéphane tente de les aider, mais elles lui font les gros yeux et lui disent de se rasseoir. Personne ne parle anglais, on échange via google traduction. En fin de soirée tout le monde nous quitte, nous laissant la maison pour nous seuls. Encore une fois l’hospitalité iranienne nous émerveille.

Le dernier jours avant d’arriver sur Téhéran des bourrasques des vents nous poussent pendant plus de 2h ! On tapera même des pointes à 50Km/h sans pédaler !!

L’entrée dans la capitale se fait mieux que prévue malgré un trafic frénétique. On arrive assez en avance pour pouvoir commencer les démarches administratives pour le visa ouzbek. Les vélos ont le droit à une session d’entretien avant que les filles arrivent..On a hâte de les voir. 🙂