De retour sur Téhéran les filles nous quittent. On a entendu dire que faire le visa chinois depuis Téhéran était à nouveau possible. Un autre couple de cyclo en ont obtenu un avec double entrée de 50 jours et 6 mois pour entrer dans le pays, le visa rêvé pour tous les cyclistes sur la route de la soie. On décide donc de tenter notre chance. Alors que nous sommes dans le métro direction l’ambassade de chine un homme rentre dans la même rame que nous et fixe Gabriel. Il dit  » Le monde est vraiment trop petit ». Ils se dévisagent et avec de grands sourires se prennent dans les bras. Cet homme c’est MJ un ami iranien de Gabriel rencontré en Chine 4 ans plus tôt. Ils s’étaient perdus de vue ces derniers années. On le quitte à peine 2 minutes après l’avoir rencontré car nous sommes en retard et lui doit aller chercher une amie à l’aéroport. Juste le temps d’échanger nos numéros et de lui promettre d’aller le voir dans sa ville natale.

En fin de semaine nous allons récupérer nos visas. Malheureusement on a que 3 mois pour entrer en Chine. Trop court pour visiter le Kirghizistan… On passera direct en chine depuis le Tadjikistan. Avant de partir de Téhéran nous lançons aussi la procédure pour les visas Turkmènes. On espère les récupérer 3 semaines plus tard à Machhad. Pour ceux que ça intéresse, on fera un article spécial visa plus tard.

Afin de récupérer la semaine perdue à cause de la paperasse, on prend un bus direction Gorgan, la ville natale de MJ. Il nous reçoit comme des rois et nous fait visiter la région. Le Nord de l’Iran est très vert. Ça nous change des paysages désertiques auxquels on s’était habitué. Dans cette province vie la minorité turkmène d’Iran.

 

On continue la route jusqu’à Kalaleh où on reste dans la famille de Bahman (un ami de MJ).

Au petit déjeuner avec Bahman et sa famille.

Bahman nous emmène visiter toute une journée le superbe site de Khaleb nibi et ses petites collines vertes. Ce cimetière atypique comporte des pierres tombales parfois hautes de 1m et datant du 17ème siècle.

On a de la chance les coquelicots sont en fleurs en cette période (avril).

Des mariés en pleine séance photo

Khaleb nabi est un cimetière situé au bout de ces petites collines vertes. Au delà et brutalement, c’est le désert turkmène.

Le cimetière de khaled nabi

C’est un plaisir de pédaler dans cette partie de l’Iran qui est très colorée et qui contraste clairement avec le sud. On avoue après 1 mois c’est un soulagement de voir du vert, la couleur de l’oasis, la couleur de la vie. On traverse les forets du parc national du Golestan. De nombreux sangliers peu farouches mangent sur les bord des routes les restes de pick nick (en iran le pick nick est une institution).

En fin de journée on est à la recherche d’un spot de camping. Alors que je (Dounia) regarde le paysage, de grands yeux marrons me fixent depuis les buissons de l’autre coté de la route. Avec ces poils marrons un peu délavés et ses petites oreilles, il me faut quelques instants pour réaliser qui se trouve à 20m de moi. Je fais signe à Gab. On s’arrête et on observe ce petit ours, qui lui aussi nous observe. Un moment unique où on est partagé entre l’excitation et la peur. Finalement des voitures arrivent, nous klaxonnent et effraient l’ours qui part dans les buissons.

On décide tout de même de pas planter la tente là et mais quelques kilomètres après.

Winnie l’ourson qu’on aura pas vu dans les montagnes de Roumanie mais en Iran…

Près de Ashkaneh c’est un peu la bérézina. Comme on est super organisés, on a plus rien dans nos sacoches pour faire un petit déjeuner. On prend la route le ventre vide en espérant trouver un resto un peu plus loin. Au bout de quelques kilomètres, il commence à pleuvoir des cordes, on est rapidement trempés jusqu’à la moelle et pas l’ombre d’un resto à l’horizon. A cela ajoutez 40km de montées et descentes avec des pourcentages pas très sympathiques. Au final, on arrive dans la ville Bojnurd, en début d’après midi, affamés, trempés et bien fatigués. Alors qu’on s’apprête à entrer dans un hôtel, un cycliste passe et nous interpelle. Hesam :   » Are you tired ? Do you want to rest ? Come to my house. Don’t go to the hotel ». Bon là on avoue on a pas trop appliqué la loi du taarouf, on a du refuser juste une fois 😉
Nous nous retrouvons donc chez Hessam, professeur à l’université. Alors que nous lui demandons où est le restaurant le plus proche, il nous dit de rester manger chez lui. Il s’excuse de ne pas savoir très bien cuisiné mais tient à nous rassurer en nous disant qu’il a appelé un ami qui est un très bon cuisinier. Le dit Chef a même remporté le titre de meilleur cuisinier de l’université l’année passée.. L’hospitalité Iranienne n’a vraiment pas de limite !
Akhbar, l’ami d’Hessan arrive 1h plus tard les mains remplies de courses. Après s’être excusé du retard, il se met directement aux fourneaux pendant qu’Hessam nous sert un apéro. Voilà voilà… Quelle bande de barbares ces Iraniens !! 😉
Ces deux professeurs d’université vont nous chouchouter et nous requinquer pendant toute une journée.

Hessam à gauche et Akbar aux fourneaux à droite.

Hessam est tellement adorable, il nous laisse même sa chambre. Encore une fois on est épatés par la générosité des iraniens. Merci encore à tous les deux pour votre bonne humeur !

On arrive à Mashad où on récupère nos visas turkmènes. Mashad est l’un des lieux saints pour les chiites. C’est ici qu’est enterré l’un des imams ayant succédés à la suite d’Ali. Mais à part ça, on a pas été transcendé par la ville.

Point culture : En Iran la majorité de la population est chiite, ou considérée comme telle. Comme vous le savez les musulmans croient que le messager de dieu sur terre était Mahomet. A la mort de Mahomet (en 632) une question reste en suspend, qui est à présent le leader des musulmans ? Certains désignent Ali, gendre du prophète, comme guide, ceux là seront par la suite appelés musulmans Chiites. Les sunnites décident de suivre Abou Bakr, compagnon de Mahomet.

Une fois nos fameux sésames en poche (visas turkmènes) on file vers la frontière. Notre dernier camping sauvage en Iran se fera dans ce caravansérail, où Ali le gardien, nous a gentiment laissé planter notre tente à côté. Un camping sauvage 4 étoiles !

Caravanserail Robbat e sharaf

Ali nous offre le thé, comme en Turquie, le thé est une institution.

Préparation de la popote à côté du caravanserail.

On a aimé :

  • L’incroyable hospitalité et générosité des iraniens
  • le pain iranien et la nourriture en générale
  • les gens qui, lorsqu’on roule, se mettent à rouler à notre hauteur pour nous donner de la nourriture et nous dire : welcome to Iran !
  • la ville de Yazd
  • L’excursion dans le désert Dash e Lut près de Kerman
  • Khaleb nibi ses collines vertes et coquelicots (c’était en avril en été ou hiver ça doit pas donner la même chose…)
  • Parc national du Golestan

On a moins aimé :

  • la loi du taarof (voir ici) a une contre partie. Lorsque la personne tient vraiment à vous offrir quelque chose il est presque impossible de refuser sans la vexer. Exemple : nous sommes invités chez des iraniens. Au petit dej on nous propose des œufs. Au bout de 3 j’essaye (gab) de refuser poliment le 4iéme œuf, impossible. Au bout du 6iéme voyant que le dialogue ne marche pas je mets ma tasse de thé au milieu de mon assiette pour être sur de ne pas avoir à manger la boite de 12!
    • La relation femme / homme… Il y a clairement une frustration sentimentale en Iran. Mesdames attention ! On en parle parce qu’on a eu assez de mauvaises expériences pour objectivement penser que ce n’est pas juste parce qu’on a pas eu trop de chance. Non clairement il y a un problème de ce coté là. Et pour en avoir parlé avec plusieurs femmes, on confirme. Loin de nous l’idée de dire que tous les iraniens se comportent mal avec les femmes ! Mais nous devons reconnaitre qu’il est moins facile pour une femme de voyager seul en Iran que pour un homme. Attention aux mains baladeuses… Alors est-il possible de voyager seule en tant que femme en Iran : OUI mais en respectant certaines règles
    1. c’est malheureux à dire mais faire attention à sa tenue
    2. ne jamais se retrouver seule avec un homme dans un endroit privé (voiture, maison…)
  • nous n’avons jamais était aussi encouragé qu’en Iran. Et ça aussi ça a un très mauvais coté. Énormément de personne souhaitant nous saluer, klaxonnent lorsqu’elles sont à notre hauteur. Alors ça part d’un bon sentiment mais en fin de journée lorsque c’est le 10ième camion qui t’explose littéralement les oreilles…